CREATION

Lorsque je suis arrivé à Game One, en août 99, j'ai commencé par faire ce que je savais déjà faire : des clips (Macross VF-X, Castlevania, ...), des tests (Soul Reaver, NBA Live, ...), et des montages par-ci, par-là. Avec un autre monteur / journaliste de la chaîne, Alex Pilot, qui lui s'occupe des imports et de tout ce qui touche au Japon, nous décidons de proposer l'idée d'une émission sur l'histoire des jeux vidéo, étant tous deux des nostalgiques. L'idée est systématiquement remise à plus tard, et au mois de septembre suivant, de gros problèmes internes à la chaîne entraînent la démission de trois personnes majeures.

Quelques semaines passent, et soudainement, le concept trouve sa place : Canal + Multimedia sort un CDROM sur l'histoire des jeux vidéo, et un programme spécial doit être fait en promotion de cette sortie (je n'ai pas le souvenir de quelque annonce que ce soit à propos de ce CDROM, mais bon, c'est ce qui a fait avancer la machine). Il est donc temps de passer aux choses sérieuses. Le concept de l'émission est trouvé assez rapidement, il s'agit simplement de montrer des images de vieux jeux, en les commentant succintement. Par manque de budget, mais aussi par choix esthétique, il est décidé de ne pas mettre de voix off sur l'émission, pour laisser le son le plus propre possible (avec le temps, certaines personnes se souviennent davantage d'un son que d'une image). Le montage sera fait sur Avid (station de montage virtuel) pour permettre de poser des commentaires en incrustation.

Le nom de l'émission est trouvé pendant un déjeûner. Nous étions quatre, il y a eu brainstorming collectif, et en cherchant un terme technique (genre "RAM", ou "CPU"), je pense à "Mémoire Vive", nom que je voyais chaque jour à l'époque puisque le bus qui m'amenait de chez moi à Game One passe devant une papèterie qui s'appelle justement "Mémoire Vive".


PREMIERES EMISSIONS

J'ai l'honneur de faire la première série de quatre émissions. Les génériques n'existent pas encore, alors le montage se fait directement sans habillage, et ...comment dire, en inventant la "forme" au fur et à mesure. Par exemple, je choisis la police Chicago un peu par hasard, et elle sera utilisée ensuite pour toute la saison. Les premiers commentaires apparaissent en fondu, restent assez peu, et fondent à nouveau.

Le premier jeu de Mémoire Vive est Road Avenger sur Mega CD, suivi de Commando sur Amstrad CPC. Dans les émissions qui ont suivi, j'ai essayé d'alterner avec un spécial Star Wars (Episode One sortait alors en salle) sur CPC, puis Alex Kidd sur Master System et F-Zero sur Super NES, et puis enfin Rick Dangerous 2 sur Atari ST et Akumajô Dracula X sur PC Engine CDROM. Les émulateurs ont été très importants dès le départ car même si chacun possède quelques vieux jeux dans un coin, quand il s'agit d'enregistrer les images, une source unique (un PC) est très appréciable. D'autant plus que le temps n'est pas en notre faveur, car nous obtenons trois jours pour faire quatre émissions (au départ d'environ cinq ou six minutes chacunes), enregistrement inclus. Le compte est vite fait : un jour pour enregistrer les images, deux pour monter les quatre émissions, pas de temps à perdre...


LES GENERIQUES

(les génériques sont en téléchargement dans la rubrique DOWNLOADS)

Ils ont tous une petite histoire. Le premier a été fait alors que les premières émissions étaient déjà montées. Le concept général est de faire un petit clip avec la musique de Space Harrier (qu'Alex a en CD, sur la réédition Saturn), en collant ensuite sur l'image le filtre appelé "Aged Film" avec After Effect. C'est "cheap" à souhait, mais on aime ça. Le montage initial du clip reprend ce qu'Alex avait fait quelques temps auparavent je l'écourte un peu, dessine le titre la veille chez moi, et hop! on mélange le tout. Il a duré toute la première saison (de novembre 1999 à juin 2000).

Pour la seconde saison, il fallait quelque chose de plus travaillé. L'ensemble de l'habillage de Game One était remis à jour, alors nous aussi ! Le concept est établi à l'avance (une révolution) et il s'agit de s'y tenir. La musique (immuable) sera celle de Space Harrier, mais il y aura du renouveau pour l'image. Je capture des images du jeu Space Harrier, et je détoure le personnage sur Photoshop. Le montage doit reproduire une avancée dans les jeux (chaque plan est zoomé puis fondu avec le suivant) et le Space Harrier est ensuite intégré sous After Effect avec en prime un petit "motion blur" qui dynamise le tout (Alex a d'ailleurs appris les bases du logiciel avec une facilité déconcertante). Le générique de fin est lui entièrement fait sur Photoshop puis Premiere, à la maison. Les écritures, elles, sont faites pixel par pixel pour conserver le côté police de caractères ultra pixellisée. Le bruit du pistolet est pris de Bio Hazard, et la musique reste celle d'Out Run. Le modèle Hi-score est aussi conservé, mais un peu plus travaillé. Deux génériques sont d'ailleurs faits (un pour Alex, un pour moi). Les images sur le côté sont une sélection personnelle de chacun. Alex a mis de la PC Engine, de la Neo Geo, et moi du Street Fighter et du Sailor Moon.

Pour la troisième saison, c'est encore différent : tout a été fait "maison" !! C'est-à-dire que plutôt que de prendre quelques jours de travail à Game one, avec des contraintes de temps et de matériel, j'ai décidé de tout faire chez moi, grâce aux moyens du bord. J'ai dit "je" car Alex était en vacances pendant une bonne partie de l'été, et de ce fait je me retrouvais tout seul pour le faire. L'avantage non négligeable est que le temps à ma disposition est énorme, car ne travaillant pas tous les jours, chaque jour de libre constitue une dizaine d'heures de travail... Pour ce générique, l'idée est simple : il s'agit de faire une animation reprenant Space Harrier, avec un sol carrelé qui avance, des ennemis qui arrivent de partout et un Space Harrier qui se balade dans l'écran. Le plus gros du travail a été de détourer des dizaines et des dizaines de sprites de pleeeeeein de jeux. Ce genre de travail est long et répétitif, mais est ultra important car de sa qualité dépend toute la suite. si les éléments sont correctement détourés du premier coup, l'animation sera beaucoup plus facile à élaborer. Le fond est fait en 3D grâce à Bryce 4, puis le fond animé, les monstres, les titres, le héros sont tous faits avec Photoshop et animés sur After Effects. La musique change un peu, puisque si le morceau reste le thème de Space Harrier, c'est une version réorchestrée qui rythme le générique. Le résultat final, après environ 70 ou 80 heures de travail, est très sympa, et correspond à l'idée que je m'en faisais au départ : je voulais que le héros puisse courir et voler dans l"écran, que les fonds s'enchaînent, et que ça bouge de partout. Pour le générique de fin, ce sera beaucoup plus simple : deux vignettes dans l'écran, une pour laisser le dernier jeu de l'émission continuer tranquillement, l'autre pour annoncer le thème de l'émission suivante (idée d'Alex). Ensuite, une fenêtre avec un déroulant et les noms des gens de Game One participant à l'émission (police de Space Harrier), et enfin pour encadrer tout ça, le fond des highscores de Out Run, et sa musique, et puis le Space Harrier qui agite le bras. Quatre versions sont faites, pour prévoir toutes les événtualités (c'est-à-dire avec et sans chaque vignette).


LE MODE D'EMPLOI POUR FAIRE UN MEMOIRE VIVE

Au bout des deux années, Alex comme moi avons des repères et une technique bien rodée pour faire nos émissions. Elles ne sont pas identiques, mais sont analogues sur l'éssentiel. Pour ma part, j'essaie à l'enregistrement de me donner de la marge au niveau du nombre de jeux joués. L'expérience fait que je peux savoir si un jeu peut rester intéressant à l'antenne trente secondes ou trois minutes. En fonction de cela, je détermine à l'avance les jeux des émissions, en essayant de faire des thèmes, si possibles. Le nombre a varié entre un jeu (c'est arrivé une seule fois, avec StarFox) et cinq (par exemple le spécial vieux hits d'arcade : Frogger, Asteroid, Blasteroid, Bomb Jack et Bomb Jack Twin). puis je répartis les jeux dans l'émission, combien de temps l'un, combien de temps l'autre, quitte à en supprimer un s'il est de trop (j'ai retiré World of Illusion du spécial Disney car Castle of Illusion et Quackshot étaient largement assez riches), avec lequel je commence, et lequel je termine (important pour le générique de fin, qui reprend parfois la musique du dernier jeu traité). Les synthés sont en principe longs de dix secondes et ne font pas plus de quatre lignes, police Chicago pour la première saison, Arial pour la seconde. Ils apparaissent en fondu zoomé, et disparaissent avec l'effet inverse. Je monte aussi souvent la fin avant le début, pour calculer combien de temps il me reste à faire par jeu... Le speak d'intro est introduit au milieu de la première saison, dans le cadre de la recherche de la meilleure forme possible.


Mémoire Vive arrive au terme de sa seconde saison, l'émission connait un certain succès auprès des joueurs car elle leur rappelle leur enfance et les jeux auxquels ils jouaient à une certaine époque. Hélas, l'émission ne verra pas de troisième saison sur l'antenne de Game One. Les réalités économiques étant ce qu'elles sont, la grille des programme a été placée sur l'autorité d'un abruti de commercial ne s'y connaissant ni en télé ni en jeu vidéo. Game One agonise, et l'année 2001-2002 risque d'être très mauvaise, la plupart des émissions étant supprimées, tout comme les tests qui deviennent des bandes promo des éditeurs. Au départ, Alex et moi voulions continuer, mais le rêve étant mort, il est hors de question de faire partie de cette mascarade. Mémoire Vive sur Game One est donc terminé.