MIYAMOTO MUSASHI

LE TRAITE DES CINQ ROUES


Dans le « Vide », il y a le bien et non le mal. L'intelligence est « être ». Les principes (avantages) sont « être ». Les voies sont « être ». Mais l'esprit est « Vide ».

Le Traité des Cinq Roues n'est pas à proprement parler une leçon d'escrime. Il s'agit plutôt d'un essai d'exposition de la tactique mise au point par Miyamoto Musashi. Pendant toute sa vie, et dans ses combats, Miyamoto Musashi a toujours essentiellement cherché « la victoire ». Elle est primordiale, et elle doit passer au-dessus de tout le reste. Ainsi, on prête à Miyamoto Musashi le meurtre de l'héritier des Yoshioka, lors du duel de Ichijoji, qui n'était alors qu'un enfant d'une douzaine d'années. Il a également participé (dans quelle mesure, je l'ignore) au massacre de Shimabara, où en 1638, 37000 chrétiens ont été tués ou exécutés, qu'ils soient soldats, femmes, enfants ou vieillards.

Il est donc important de noter que l' « enlèvement de la victoire » est le but avoué de Miyamoto Musashi dans chacun de ses actes. Le Traité des Cinq Roues est découpé en une multitude de paragraphes, décrivant un moyen a priori simple d'aborder une situation donnée pour remporter la victoire.

L'aspect particulier du Traité des Cinq Roues est son caractère « Universel ». Dans chacune des situations décrites, il est assez facile d'imaginer d'autres cas, dans d'autres domaines que l'escrime, où il serait possible d'appliquer la méthode. Il s'agit alors d'une manière d'aborder un problème, et d'une réaction à avoir en conséquence. Miyamoto Musashi termine la majeure partie de ses leçons par « réfléchissez-y bien », ou bien « exercez-vous bien ». Contrairement à d'autres philosophies ou d'autres sens de la tactique, Miyamoto Musashi ne donne pas de marche à suivre précise dans un cas précis. Il implique l'étudiant du livre à se poser des questions, à bien méditer sur son cas et sa situation, de ne jamais oublier que chaque situation est unique et nécessite donc une action en conséquence, c'est-à-dire impossible à déterminer précisément à l'avance.

D'où une notion importante du livre : l'observation. Miyamoto Musashi dit qu'il faut apprendre à « voir sans regarder ». Dans le cas d'une bataille, cela consiste à parvenir à connaître les données topographiques sur le lieu du combat, et toutes les autres données propres à la situation, comme le nombre et les qualités des adversaires par exemple. Car à partir de l'aptitude à déceler les failles de la tactique adverse, il est aisé de déterminer la tactique à adopter, et ainsi « enlever la victoire ». Miyamoto Musashi est connu pour son observation pointue et rapide d'une situation, pour cette sensibilité qui lui a permis de toujours adapter ses actes par rapport à son adversaire.

Autre notion très importante, et là aussi applicable dans presque tous les domaines : le rythme. Miyamoto Musashi dit que l'important est de savoir bien saisir le rythme, savoir imposer à un adversaire son rythme pour le perturber, bien connaître son propre rythme pour être au maximum d'efficacité en chaque action. C'est une valeur que l'on retrouve dans tous les sports, mais aussi dans les réflexions et les travaux intellectuels. Là peut-être plus qu'ailleurs, il faut bien travailler et méditer sur son rythme, c'est grâce à cette maîtrise de son rythme que Miyamoto Musashi est arrivé à vaincre bon nombre d'adversaires, en anticipant les mouvements et surprenant les plus grands maîtres du sabre.

Miyamoto Musashi base sa « voie de la tactique » dans une pratique acharnée, et le renoncement à un grand nombre de «plaisirs» et d'attachements pour libérer l'esprit de toute préoccupation matérielle. Voici en conclusion la liste des sacrifices personnels qu'exige, selon Miyamoto Musashi, l'apprentissage du sens de la tactique.

- Ne pas contrevenir à la Voie immuable à travers les temps.

- Eviter de rechercher les plaisirs du corps.

- Etre impartial en tout.

- N'être jamais cupide durant toute la vie.

- N'avoir aucun regret dans les affaires.

- Ne jamais jalouser autrui en bien ou en mal.

- Ne jamais être attristé par toutes séparations.

- N'éprouver aucune rancune ou animosité vis-à-vis de soi ou des autres.

- N'avoir aucun désir d'amour.

- N'avoir aucun préférence envers toutes choses.

- Ne jamais rechercher son confort.

- Ne jamais rechercher les mets les plus fins pour contenter son corps.

- Ne jamais s'entourer, à aucun moment de la vie, d'objets précieux.

- Ne pas reculer pour de fausses croyances.

- Ne jamais être tenté par aucun objet autre que les armes.

- Se consacrer entièrement à la Voie sans même craindre la mort.

- Même vieux, n'avoir aucun désir de posséder ou d'utiliser des biens.

- Vénérer les bouddhas et divinités sans compter sur eux.

- Ne jamais abandonner la Voie de la tactique.