EIJI YOSHIKAWA

LA PIERRE ET LE SABRE / LA PARFAITE LUMIERE


Le roman de Yoshikawa Eiji est un best-seller qui s''est vendu à plus de 120 millions d'exemplaires, un classique qui est considéré comme la référence du récit de la vie de Musashi. Cependant, à la lecture de l'histoire, le nombre de détails et les coïncidences parfois assez nombreuses (même trop nombreuses) mettent bien en évidence le côté romancé. Mais Yoshikawa développe certains points intéressants, qui n'apparaissent pas forcément ailleurs. Lors du duel de Ichijoji, théoriquement contre l'héritier de la famille (il s'agit d'un enfant), mais en réalité contre l'ensemble des disciples de l'école déshonorée, Musashi réfléchit à « comment obtenir la victoire », car il n'a en réalité aucune chance s'il se présente à ce duel de manière conventionnelle. En effet, ses adversaires, bien que encore peu habiles au sabre, sont très nombreux, et comptent même un tireur au mousquet. Musashi utilisera alors une stratégie froide, arriviste, critiquable, mais de son point de vue parfaitement justifiée. Il se faufilera dans le dos de ses adversaires, abattra d'une pierre le tireur, et se précipitera à l'arbre de Ichijoji où attend, normalement protégé par les nombreux disciples, l'héritier âgé d'une douzaine d'années. Pris par surprise, les disciples n'ont pas le temps d'empêcher Musashi de pourfendre l'enfant, et ainsi de gagner le défi qui lui a été lancé. Le véritable combat a lieu ensuite, un combat à un contre plusieurs dizaines, où Musashi mettra en 'uvre sa connaissance de la bonne utilisation de la topographie d'un champ de bataille pour éliminer un à un ses adversaires, en les manipulant plus ou moins à sa guise pour ne pas se retrouver encerclé. C'est également lors de ce combat qu'il est censé avoir tiré son sabre court pour utiliser ses deux mains « indépendamment mais dans le même but », comme il en eut l'idée en voyant un percussionniste de grand tambour japonais : « deux baguettes de tambour, mais un seul son ». Il fondera son école Niten « des deux sabres » par la suite.

La controverse est ici sur la mort de l'enfant. Ce détail est passé sous silence dans l'adaptation cinématographique de Inagaki, sans doute parce qu'elle entache profondément l'honneur de Musashi, privilégiant la victoire à toute autre chose, aspect que l'on retrouvera dans Le Traité des Cinq Roues, écrit par Musashi lui-même.

Plus généralement, le roman dans sa longueur exalte la perfection de l'apprentissage de Musashi, de ce que son mental, plus fort et tranchant que le meilleur des sabres, est arrivé à supporter pendant des années d'errance. Voici une anecdote (résumée), tirée du livre :

- Alors qu'il marchait dans une ville, Musashi se blesse la plante du pied avec une pointe de métal sur le sol. Vexé d'être vaincu par un objet inanimé alors qu'il a la prétention de rivaliser avec les meilleur sabreurs, Musashi poursuit son chemin, mais accablé par la douleur de l'abcès, il décide de se reposer quelques temps dans une auberge. Des jours passent, mais la douleur persiste, et le corps de Musashi s'affaiblit, se relâche. Il décide alors de se remettre en marche, malgré la douleur, pensant que c'est la moins mauvaise des choses à faire. Sur son chemin, il croise la vue d'une montagne qui porte le nom du « Mont de l'Aigle ». Provoqué par son profil droit et fier, Musashi décide de l'affronter. C'est l'hiver et il fait très froid, mais le sang de Musashi bout de relever ce défi. Il titube, grimpe maladroitement, mais monte, pas à pas, centimètre par centimètre, insultant tous ceux qu'il espère surpasser un jour dans l'art du sabre, jusqu'à atteindre le sommet du pic. Il exalte alors sa joie de ne rien avoir au-dessus de lui si ce n'est l'immensité du ciel. Puis il regarde ses pieds, et vois s'écouler un flot abondant de pus. L'abcès était crevé.