INOUE TAKEHIKO

VAGABOND


Auteur à succès grâce au manga de basket-ball Slamdunk, Inoue Takehiko s'attaque à un gros morceaux avec Vagabond, censé être une adaptation du roman La Pierre et le Sabre de Yoshikawa Eiji.

Si les premières pages, même les premiers volumes sont relativement fidèles au roman, la bande-dessinée se différencie d'abord par quelques détails, puis par des changements de scénario plus profonds. La principale liberté prise par Inoue et l'élimination pure et simple du passage chez le seigneur Terumasa, chez qui Musashi est supposé être resté enfermé pendant trois années, avec comme seule compagnie des livres, et lors de laquelle il acquiert culture, sagesse et maîtrise de lui-même. Inoue Takehiko raconte donc sa version de ce que la vie de Musashi aurait été sans cette initiation théorique, et montre un vagabond à la recherche d'adversaires plus fort que lui. Ainsi, il affronte longuement Inshun, un moine expert de la lance (seulement rencontré dans le roman, mais pas affronté) et qui lui inflige quelques unes de ses nombreuses cicatrices (alors qu'il est censé être resté intouchable lors de ses combats, toujours dans le roman). Toute l'approche réfléchie de chaque situation est gommée, et Musashi s'attaque à chaque situation de front. L'intelligence du combat vient au fil des rencontres et des batailles qu'il perd ou manque de perdre parfois.

Bon nombre de détails sont apportés ou changés, comme beaucoup d'évocations de Munisaï (le père de Musashi), ou la manière de mourir de l'oncle Gon, la vie de Matahachi, la rencontre avec le maître Yagyu, etc. Tous ceci rend le manga infiniment plus intéressant à suivre que l'aurait été un simple portage en dessins, car les libertés prises contribuent à nourrir le mythe autour de Miyamoto Musashi, donnant une image plus vague de l'homme qu'il aurait pu être, en prenant dans bon nombre de domaines à contre-pied le roman, qui je le rappelle est censé être la source de l'histoire.

Du point de vue de la réalisation, le travail est quasi-irréprochable. Les planches sont soignées, très détaillées, parfois peintes. Les profils des personnages rappellent parfois les films de Inagaki. On croit reconnaître Toshiro Mifune sur certaines planches de Musashi, mais seulement à un moment assez avancé de son parcours. C'est Otsu qui ressemble le plus Yachigusa Kaoru, même si au niveau du caractère, le manga la rend un peu plus rebelle et moderne qu'elle ne l'est dans le roman ou les films.

Non content de donner une nouvelle version des personnages du roman, Inoue Takehiko raconte une toute autre histoire, avec un Musashi au parcours peut-être davantage crédible, en tout cas radicalement différent de ce qui avait été dit jusqu'alors. Et le mot qui revient dans la tête du lecteur averti, ponctuellement, est « pourquoi pas ? ».

N'oubliez pas de passer par la page médias pour voir quelques scans.