QUAND MIFUNE RENCONTRE MUSASHI


Inagaki Iroshi réalise pour le cinéma entre 1954 et 1956 une trilogie avec Toshiro Mifune : La Légende de Musashi, Duel à Ichijoji, et La Voie de la Lumière.

Il est assez difficile de critiquer cette trilogie. Tout d'abord, elle fait autorité en tant qu'adaptation de l'oeuvre de Yoshikawa, mais son premier épisode a surtout remporté l'oscar du meilleur film étranger en 1955, et même si cela ne suffit pas pour le considérer indéniablement comme une chef-d'oeuvre, cela reste un film mondialement reconnu et respecté.

Le rôle de Musashi est tenu par Mifune Toshiro, acteur fétiche de Kurosawa Akira, qui a tenu d'innombrables rôles de samouraïs au cinéma. Le choix est excellent puisque Mifune adopte bien les attitudes tantôt violentes, tantôt sereines et réfléchies du personnage, cependant il est un peu choquant de voir un jeune Takezo « normalement » de 17 ans, mais visiblement d'au moins la trentaine bien entamée (Mifune avait 34 ans lors du tournage). Ce détail d'âge tombe par le suite mais montre comment l'impératif de la tenue du rôle par l'acteur vedette passe avant la cohérence des âges des personnages.

Les combats sont assez réussis, surtout celui de Ichijoji, mais manquent quand même un peu de pêche par rapport à ceux de Tsubaki Sanjuro, par exemple. On sent que les coups sont retenus et que « c'est pour de faux ».

Le principal problème vient, à mon sens, de l'adaptation en elle même. Le cinéma japonais est un cinéma lent. Pas ennuyeux, mais au rythme lent. Un combat de samouraï peut durer très longtemps mais l'essentiel du temps sera observation, regards, et attente d'une attaque adverse. C'est une chose que Inoue Takehiko est bien arrivé à retranscrire, en consacrant par exemple tout un volume du manga à une partie du combat Musashi contre Inshun. C'est une liberté de scénario que Inoue a prise, mais Inagaki Iroshi s'étant attaché à une fidélité consciencieuse du texte original, les grandes lignes n'ont pas été changées.

Toujours à propos de l'adaptation, certains passages ont été épurés de leur violence ou de leur caractère immoral. Musashi fait preuve de retenue, et ne s'emporte pas de manière trop désagréable pour le public, contrairement au roman où ponctuellement son côté « sauvage » se manifeste. Le duel de Ichijoji est également présenté sans le meurtre de l'enfant héritier des Yoshioka.

Ces choix font que Musashi est quasi-irréprochable dans ses actes, et constitue un modèle de héros populaire. Il manque donc bel est bien le côté bestial assagi qui correspond au personnage du roman et ,a priori, de la réalité. Les films sont agréables à regarder, mais manquent selon moi d'originalité et de recul. Les scènes sont présentées dans la mesure du possible calquées sur le texte original, à la virgule près. A voir absolument, cependant, pour la qualité de la reconstitution historique.