LES MJPEG


"Il n'ont pourtant aucune raison d'exister,

mais les MJPEG sont bien là."

(Jean, 14 avril 1999)


"Tout ce temps et cette énergie au service de la connerie."

(Pierre, 8 décembre 1998)



Parti d'un délire qui n'aboutit à rien dans 99% des cas, Jean et Pierre, les deux MJPEG, décident un jour de créer leur propre "Boys Band".

Eté 98, la france est à peine championne du monde, que Jean part rejoindre Pierre à La Teste de Buch, non loin d'Arcachon (regardez sur une carte si vous savez pas où c'est). Leur mission : composer une chanson. Comme d'habitude, ils s'y mettent au dernier moment, et le temps presse. La musique est trouvée chez l'un des musiciens du groupe "Princess", dont Pierre faisait partie en tant que batteur. Il s'agit d'une démo de synthé Yamaha. En trente secondes montre en main, les paroles sont écrites. Le challenge est énorme : il s'agit de faire un tube avec ces piètres éléments. Ces professionnels de l'audiovisuel (pas encore à l'époque mais maintenant c'est la cas, alors...) ne reculent devant aucun moyen. Un magnétophone à cassette servira pour l'enregistrement, et un pédalier de guitare pour l'effet de réverbération des voix. Si Pierre possède des notions musicales (assez importante d'ailleurs, mais ne nous égarons pas...), la dernière leçon de chant de Jean remonte au collège. Et encore, il faisait du playback. Force est de constater qu'il chante comme un pot, et que, comme Pierre le lui fait remarquer, il a l'étonnante et rare faculté de rester juste, mais en changeant de ton... ce qui n'arrange rien. Alors les prises se multiplient, et les deux chanteurs finissent, éreintés, par dire "c'est bon", alors que manifestement, non. Mais en repensant ce que font leurs rivaux, les 2Be3, les MJPEG trouvent qu'en fin de compte, ils ne s'en sortent pas si mal.


Le montage et mixage se fait grâce au renommé outil de traitement du son, Adobe Premiere. La musique est rallongée de quelques mesures au moyen d'un habile point de montage inaudible par l'oreille humaine. Et les morceaux de voix sont mélangés à la mélodie... Jean, dans un élan d'altruisme, essaye de mettre plus en évidence le son de la voix de Pierre, mais ce dernier le reprend en lui disant "non, non, tu as chanté ça. Maintenant, tu assumes.". La premiere version de leur futur tube "Odiovisuelle" est terminée.


La date de la première représentation publique approche. Il s'agit du séminaire d'intégration annuel de leur BTS Audiovisuel, qui se déroule comme chaque année dans les montagnes Basques, aux Aldudes. Militants anti-bizutage, les deux MJPEG décident de se bizuter eux-mêmes, fort de l'enseignement :

"Le ridicule ne tue pas.

Ce qui ne tue pas rend plus fort.

Donc le ridicule rend plus fort.".

La chorégraphie est composée la veille du premier spectacle, dans l'appartement de Jean, appelé aussi "L'Appartement". Les deux danseurs répètent au millimètre près les mouvements élaborés dans le plus grand secret. Tout est prêt pour le show des Aldudes, il ne reste plus qu'à se trouver un nom. Jean pense à un format de compression vidéo numérique, le MJPEG, parce qu'il a l'honneur et la qualité d'être composé partiellement de lettres des initiales des deux jeunes créateurs (M, J, P). Voilà, n'allons pas plus loin, mais notons juste l'élan artistique minimaliste des auteurs.


Le show s'apprête à commencer, l'annonce est faite au public, le lecteur de minidisc est branché sur l'ampli. La musique commence, les deux artistes s'élancent et s'appliquent sur leur chorégraphie. Leur long travail acharné est récompensé : le public est debout, en transe. Les briquets s'agitent, les premiers fans naissent... Le tube "Odiovisuelle" est interprété à deux reprises.


Une période de tranquilité suit ce succès. Mais les deux jeunes auteurs ne chôment pas pour autant ! Ils préparent en secret leur premier video clip. Pour cela, leurs producteurs les envoient à Paris, tourner les images sous l'Arc de Triomphe, qui verra ainsi sa fréquentation doublée pendant plusieurs semaines. Modestes, les MJPEG refusent une débauche de moyens techniques et choisissent le VHS-C comme support d'enregistrement. Il faut dire que la qualité de la cassette est bien peu de choses à côté de celle de l'événement qui va être produit. Nathalie M. et Marie D. les accompagnent sur le tournage et seront tantôt figurantes, tantôt au cadrage. Leur passion sans limite pour les deux jeunes hommes les anime d'une inspiration presque, pourrait-on dire, magique.


Les images dans la boîte, le montage peut commencer... même si c'est la mort dans l'âme que les divins mouvements des deux artistes seront fractionnés et découpés. La quantité d'images incroyables est énorme, un plan séquence serait tout à fait satisfaisant, mais le montage clip doit avoir lieu. Comme pour protester, le disque dur sur lequel sont enregistrées les images refuse de fonctionner normalement. Est-ce à cause de l'exceptionnelle qualité des chorégraphies, que le matériel n'arrive pas à suivre? ou bien par admiration pour les auteurs? nul ne le saura jamais, mais il n'empèche que le disque dur est suspendu sur deux ficelles pour faciliter son refroidissement, et que l'ordinateur est fréquemment éteint pour lui laisser un temps de repos, tant le sujet du montage est intense pour ses petits circuits. Le montage se passe bien, et la version mondialement connue du clip "Odiovisuelle" sort sur les écrans.


Malgré la pression financière, MTV, M6 ou MCM n'auront jamais les droits pour le diffuser, à cause de l'humilité des chanteurs. TF1 proposera plusieurs millions de francs pour en faire le tube de l'été, mais la réponse sera la même, et la chaîne privée devra se contenter de "Richard Martin" et de sa chansonnette "Un, Deux, Trois". Odiovisuelle restera gratuit et non-commercial, en accord avec la charte de Morale MJPEGienne. Peu de temps après, une version karaoke est préparée par Pierre, grâce à une auto-flagellation de super-pénitent sur Premiere.


Les MJPEG auraient bien poursuivi leur formidable ascension dans le monde du spectacle, mais en grands seigneurs, et pour ne pas faire de l'ombre aux autres artistes du moments, impuissants devant leur talent, ils se retirent... partant à l'assaut de nouveaux défis.