EXPERIENCE - LE LYCEE D'ORTHEZ


J’ai eu la chance d’atterrir à Orthez pour mes trois années de lycée. C’est une ville de basket, avec un mental fort. Malgré la petite taille de la ville, j’ai eu l’occasion de jouer à la Moutète, lorsque le parquet existait encore, héritage de l’Elan Béarnais lorsque celui-ci ne s’appelait pas encore « Pau-Orthez ».

Quand j’ai débarqué là-bas, je ne savais rien faire en basket, et je shootais à deux mains, très maladroitement. J’ai eu là aussi de la chance puisque j’ai eu comme « mentor » un ancien joueur, qui a su me montrer la voie du basket et m’en apprendre les fondamentaux, et au-delà de ça, une philosophie du jeu.

Il n’y a pas de miracle, pour progresser, il faut jouer, jouer, et encore jouer chaque jour. Il y avait pas mal d’autres lycéens basketteurs, qui chacun à leur manière me donnaient des petits trucs, genre ne tirer qu’à un mètre du panier jusqu’à ce qu’on les rentre facilement et à chaque fois, puis s’éloigner progressivement.

Pendant cette période avait lieu le boum de la NBA. Chaque semaine, on pouvait voir des matches à la télé, et les magazines circulaient de mains en mains. Le modèle de jeu était donc fortement marqué par le basket américain. J’aime bien regarder certains matches, mais je trouve que cette manière de jouer est très loin de la réalité. On peut observer deux équipes de gaillards bourrés de produits dopants gambader d’un bout à l’autre du terrain dans un relatif désordre, avec un jeu essentiellement basé sur la vitesse, la force et le spectacle. Je n’aime pas trop ça. Le jeu en Europe est plus réaliste, il me semble. La tactique est mieux élaborée, les positionnements plus travaillés, le jeu moins décousu.

Il est certain que le basket américain est très fort, et que le niveau de certaines équipes est remarquable. Je pense néanmoins que la mentalité là-bas souffre un peu de son inhumanité, que les joueurs sont trimbalés d’une équipe à l’autre comme des produits jetables, et que l’argent y a une place beaucoup trop importante.

Le basket européen est plus calme, et les équipes ont des joueurs plus sédentaires, même si les éléments les plus emblématiques peuvent parfois aller prendre l’air dans une autre équipe européenne plus fortunée. Il y a néanmoins des joueurs de NBA que je trouve exemplaires, comme le duo Malone-Stockton des Jazz d’Utah, pendant les années 80 et 90.



Le danger lorsqu’on est adolescent français et qu’on aime bien le basket NBA parce que « c’est cool », c’est que le jeu risque d’être très emprunté. J’ai vu de très nombreux joueurs dont la manière de jouer était corrompue par cette culture macho du jeu viril et spectaculaire avant tout. C’est le cas en général du basket de rue, que j’aborderai plus tard. Le rôle de mon entraîneur, et je ne le remercierai jamais assez pour cela, a été de me garder loin de cette manière de jouer si séduisante. « Pas de gri-gri ! », me disait-il. C’est ainsi qu’au lieu d’essayer sans cesse de smasher ou de faire des paniers « cools », il me disait de ma placer correctement sur le terrain, et de travailler mon tir en course et à 45° contre la planche. Et il avait raison.

Si des joueurs de NBA peuvent faire des trucs de fous, c’est parce qu’ils maîtrisent d’abord très bien les fondamentaux, mais on ne le dit pas assez souvent. Pour faire des dunks, il faut d’abord savoir bien réceptionner une passe, puis dribbler sans marcher avant, et enfin voir si l’action est possible ou pas, parce que rater un dunk lorsqu’un double-pas aurait suffit, c’est s’exposer aux insultes de toute son équipe.