EXPERIENCE - LE JAPON


J’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois au basket au Japon. Je trouve que faire du sport fait tomber la barrière de la langue, et permet, sans se parler, d’avoir des relations fortes avec des gens d'une culture différente.

Leur sens de l’ordre, de la logique et de la discipline m’a impressionné. Les équipements sont mis en place, collectivement, et le parquet est balayé en fin de séance. Lorsque le coach ou l’organisateur appelle tout le monde, il est écouté, et le gain de temps est incroyable, et les rapports très bien définis.

Sportivement, et je ne peux pas vraiment dire pourquoi, je trouve que les Japonais ont une aptitude à courir impressionnante. J’ai participé à une séance de quatre heures où les gens courraient sans vraiment prendre le temps de se reposer, alors que, tout en prétendant être tout de même assez sportif, j’étais claqué au bout de deux heures seulement.

Le niveau technique est très inégal. Il n’y a pas de style japonais, je pense, alors que l’on peut parler de style français ou américain. Leur basket semble donc un peu emprunté, principalement sur la NBA. Ceci dit, j’ai joué avec et contre de très bons éléments, adroits, techniques, et intelligents dans leur jeu. Le collectif est très impressionnant, car à l’inverse de l’Europe, le Japon a une mentalité qui ne privilégie pas les individualités. Le jeu est plus fluide, et les gens jouent mieux ensemble, essaient de s’aider les uns les autres. Et puis ils n’abandonnent jamais, et se battent jusqu’à la fin du chronomètre.

Mais ce n’est pas ça qui m’a le plus marqué. Le plus impressionnant a été le relationnel. J’ai pas mal joué en France, et j’avais fini par considérer comme normal de s’accrocher un peu en cours de partie, avec tous les gestes agressifs voire violents que cela comprend, accompagné d’intimidation très machiste. Et bien au Japon, il n’en est rien. Il m’est arrivé de me faire bousculer, en cours de partie, et le joueur s’est à la fois excusé et assuré qu’il n’y avait pas de dégâts chez moi… Ce comportement intervient au niveau du déroulement des parties, puisque les fautes sont rarissimes, et jamais intentionnelles car si un joueur est battu, il n’arrachera pas le maillot de l’adversaire de dépit.

Tout cela m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis alors rendu compte que le basket en France a un manque terrifiant de respect, et que même au Japon, pays connu pour sa combativité et sa hargne, la fin ne justifie pas les moyens. Une victoire mal acquise est déshonorante, et personne ne cherchera à gagner malhonnêtement. Ce qui m’a fait le plus peur, c’est qu’en jouant là-bas, et aussi lors de mon retour au pays, je n’avais plus aucune envie de jouer en France, comme si le basket que j’avais fait jusqu’à présent était faux et ne correspondait pas à ce que je recherchais.