EXPERIENCE - LE STADE COUBERTIN


J’aurais quand même tort de me plaindre. Arrivé à Paris, j’arrive à trouver une salle où jouer, sans avoir à faire partie d’un club, par la chaîne de télévision où je travaille. Bonus exquis, cela se passe au stade Pierre de Coubertin, qui bien qu’il soit vétuste et miteux, possède un joli parquet professionnel.

Mes coéquipiers sont pour la plupart des gens de télévision ou de radio. Certains sont connus, d’autres de simples techniciens. L’ambiance générale est assez macho, ça pousse pas mal dans la raquette, et les grosses fautes sont très courantes. Il est même plutôt rare qu’il n’y en ait pas sur une action, puisqu’en général, le défenseur préfère arracher le maillot que laisser partir l’adversaire au panier.

Le niveau de certains est assez élevé. J’ai profité de bons conseils, et j’ai essayé tant bien que mal à m’insérer dans ce groupe. Une chose me gène, pourtant. C’est un problème de fond, mais qui se répercute pas mal sur la forme, malheureusement. D’abord, il y a des gens qui considèrent qu’ils jouent une finale de quelque chose, et qui considèrent que toutes les bassesses sont justifiées pour gagner des petits matches de dix points. Ce genre de comportement a entraîné des disputes, presque même des bagarres, genre cours d’école.

Sauf que les gens qui jouent et se chamaillent sont des adultes théoriquement responsables, mais cela ne semble pas les perturber quand ils s’insultent ou d’envoient des coups plus ou moins dissimulés. Quelques exemples : je revenais me placer en défense quand un J.N.I. (joueur non-identifié) m’a      fait par derrière un croc-en-jambe. Ce sont des choses qui peuvent arriver, mais lorsque je suis tombé, personne ne semblait concerné par ce qui venait de se passer, surtout pas le fantôme qui m’avait fait le coup. Je me suis dit alors que devant moi, l’un de ces hommes virils devait avoir drôlement peur de moi pour se cacher comme ça. Cela m’a beaucoup déçu, car je suis toujours triste quand je me rends compte qu’il y a un imbécile dans mon environnement direct.

Autre histoire, plus consternante : un joueur décide un jour de me prendre le bras, et de le tenir fermement. Comme je ne pensais pas que c’était par amour, j’essaie de me dégager, mais il redouble d’énergie pour me tenir. Incrédule devant cette manière de jouer assez amusante avec le recul, je demande la faute, puisque c’est bien de cela qu’il est question. Je me suis fait traiter de tous les noms, et accuser de mettre la mauvaise ambiance dans le groupe (elle est pas mal, celle-là). J’ai pris une grande inspiration, et je me suis dis que l’homme est imparfait, que ce jour-là, ce garçon devait avoir beaucoup de problèmes. Quelques semaines plus tard, j’ai assisté à la même scène, mais de l’extérieur. Le plus drôle, c’est que la « victime » de la tenue du bras n’était autre que l’imbécile qui m’avait fait le coup et engueulé de surcroît. J’ai donc pu observer sa réaction, très violente, par rapport à une façon de jouer au basket toute aussi stupide. La bagarre a été entamée mais avortée grâce à une intervention extérieure. Nous étions sur un terrain de basket, je le rappelle…

Malgré le passé sportif de tous ces gens, il faut quand même avouer qu’il y a du travail à faire au niveau de la conduite. Je trouve triste que ce soit sur le terrain que ces hommes décident d’extérioriser la violence et la frustration qu’ils ont en eux.